Manifestations d'agriculteurs : l'EFFAT partage certaines des préoccupations, mais la voie à suivre n'est pas d'abandonner le Green Deal

Le 29 janvier 2024 | À l'honneur, Communiqué de presse

Des milliers d'agriculteurs à travers l'Europe ont manifesté ces derniers jours, de la Roumanie à la Pologne en passant par la France et l'Allemagne. Les manifestations ont été récupérées par des mouvements d'extrême droite cherchant à exploiter le mécontentement des agriculteurs à des fins politiques à l'approche des élections européennes de juin.

Les raisons des protestations sont liées à des situations spécifiques telles qu'une réglementation excessive, l'introduction de taxes sur le carburant des tracteurs ou la décision de Bruxelles de suspendre les droits d'importation sur les produits ukrainiens. Dans le même temps, il y a un fil conducteur qui traverse ces manifestations : une forte opposition au Green Deal de l’UE et aux ambitions de la ferme à la table.

L'EFFAT partage certaines des préoccupations des agriculteurs, notamment en ce qui concerne les faibles revenus que les petits agriculteurs reçoivent pour leur travail, la concurrence déloyale des pays tiers et l'absence de mesures de transition juste pour mettre en œuvre les objectifs du Green Deal. Nous soulignons que si les conditions des petits agriculteurs sont difficiles, celles des travailleurs agricoles sont tout simplement insupportables. Toutefois, il doit être clair que le principal défi auquel est confronté le secteur agricole européen n’est pas la stratégie de la ferme à la table, mais la répartition injuste des richesses tout au long de la chaîne alimentaire.. Alors que les chaînes de vente au détail, les grandes entreprises agrochimiques et les actionnaires des géants de l’alimentation réalisent chaque année des bénéfices records, les travailleurs de l’agriculture et de l’alimentation et les petits agriculteurs peinent à mettre de la nourriture sur leurs tables. Le point de départ pour s’attaquer à ce paradoxe inacceptable est de s’attaquer aux problèmes systémiques tels que la concentration du pouvoir tout au long de la chaîne alimentaire, la spéculation sur les marchés des matières premières alimentaires, une approche non durable des accords commerciaux et la financiarisation du secteur agroalimentaire.

Nous regrettons que ces questions ne soient pas suffisamment mises en avant dans les protestations de ces agriculteurs.

La stratégie De la ferme à la table n’est pas le problème, mais elle fait partie de la solution car elle montre la voie à suivre pour rendre notre secteur agricole plus durable.

Dans le même temps, les objectifs verts ne peuvent pas être imposés unilatéralement depuis Bruxelles, sinon ils manqueraient manifestement d’acceptation sociale, comme c’est le cas actuellement.

La manière de renverser cette perception n'est pas d'abandonner ces objectifs, mais de les mettre en œuvre au moyen de mesures de transition juste qui prennent en compte les intérêts des travailleurs agricoles, des petits agriculteurs et des communautés rurales dans leur ensemble, ainsi que L'EFFAT a appelé à. Cela nécessite des mesures concrètes telles que la mise en œuvre de politiques environnementales au moyen d'évaluations d'impact socio-économiques rigoureuses, l'implication des partenaires sociaux dans la gestion de la transition et l'attribution de fonds publics pour la transition verte aux conditions sociales. En outre, les investissements dans la formation, la sécurité sociale et les parcours de transition entre emplois devraient être renforcés pour protéger les emplois et les revenus des travailleurs agricoles.

Mais tout cela ne sera pas possible si l’Europe revient à l’austérité et si la paix n’est pas rétablie en Europe et dans le monde.

A quelques mois des élections européennes, l'EFFAT exhorte les partis politiques démocratiques à placer la transition juste en tête de leur agenda politique. Un nouveau discours doit être construit pour saper les arguments de l’extrême droite. La transition verte et numérique doit être considérée par les travailleurs comme une opportunité de créer des emplois plus nombreux et de meilleure qualité, et non comme une menace. Pour y parvenir, il faut abandonner une approche idéologique de la transition verte au profit d’une approche pragmatique offrant des réponses et des solutions concrètes à ceux qui craignent pour leur avenir.

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